FR citizenjazz.com, Gilles Gaujarengues (dec.2018)

Claudio Miotti, guitariste italien installé à Paris, signe ici son premier album et, même si la forme guitare – clarinette (ou saxophone) – batterie est de plus en plus fréquente – on a bien sûr Das Kapital en tête – proposer une formation sans basse n’est assurément pas manquer de courage. Alors certes, Matteo Pastorino utilise la clarinette basse ; mais c’est, d’une part, loin d’être exclusif – il joue aussi de la clarinette si bémol – et, d’autre part, lorsqu’il en joue, l’instrument n’est pas spécialement dans un registre d’accompagnant.
La forme sans basse – Claudio Miotti joue de la guitare baryton, précisera-t-on – n’est donc pas sans intérêt et permet très judicieusement de donner quelquefois un aspect rugueux. En même temps, et c’est une grande force de cet album, il y a beaucoup de douceurs. Mais attention, elles sont autre chose qu’un moelleux mielleux. Ce qu’on retient de Claxxx, c’est que là où la guitare électrique saturée et la batterie – en l’occurrence Jean-Baptiste Pinet – auraient pu engendrer une musique brutale – et c’eût été fort estimable – on a un album qui laisse beaucoup de place aux mélodies et, mieux encore, à des développements fort enthousiasmants. Ainsi en est-il de « Deep » et notamment du chorus de Claudio Miotti. Le solo de guitare s’y avère, dans un crescendo fort à propos, carrément enveloppant. On notera par ailleurs que dans ce morceau, la clarinette y est jouée comme une série d’instruments en section et on imagine très volontiers un arrangement pour Big Band.
Le trio arrive en effet à donner une impression de puissance telle que pourrait la restituer un grand orchestre. On mentionnera avec autant de plaisir la seconde version de « Claxxx » où intervient le chanteur Raajaajee avec un rap décliné comme un très beau chorus instrumental.