FR Gazette Bleue, Alain Flèche (mar.2019)

Formation qui pourrait rappeler l’expression instrumentale du trio très libertaire : Das Kapital, mais c’est plutôt aux puissants foutraques de “The Bad Plus” que l’on pense, malgré une intention plus joyeusement latine que puritaine anglo-saxonne, signifiée par une sensibilité résolument ancrée dans la culture européen, et plutôt qu’une approche Jazz mélée de Pop-Rock, c’est bien dans le Rock Progressif que puise Claudio Miotti pour arranger ses compositions résolument jazzy. On peut d’ailleurs y déceler quelques harmonies chères à Robert Fripp (King Crimson) et autres accords que ne renieraient pas “Yes ‘. Ajoutez quelques relents de bon vieux blues anglais (qui inspira aussi largement Jimi Hendrix…), Cohésion totale de ces 3 musiciens qui se pratiquent depuis quelques années. Nous avions dit tout le bien que nous pensons de Matteo Pastorino lors de la sortie de son admirable opus dédié à Modigliani, (J.-B. Pinet y était déjà présent) avec un splendide son boisé qui assume ici la référence Jazz. Son jeu semble maintenant plus libre, simple, détendu… peut-être débarrassé du leadership? Toujours aussi inventif, attentionné et présent, sans avoir besoin “d’en mettre partout”. Un beat puissant sans être envahissant, un druming qui assure avec un drive généreux et chatoyant! Coloriste plus que bûcheron, au service permanent de l’instant, nappes fluides sur les ballades, figures rebondissantes sur les rythmes soutenus, et la frappe qui va bien pour relancer sans cesse la machine et maintenir le groove qui ne faiblit jamais. Quant à la guitare baryton, c’est un orchestre symphonique à elle seule, que nous offre le jeu original de Claudio. On entend la basse, évidemment, accompagnant en tutti ou en contrepoint de la clarinette basse, ou pour affirmer et ajouter à la force de la batterie, présence des notes très graves, même quand on passe aux accords rythmiques, puissants et riches comme joués sur de grandes orgues, et profondeur présente aussi lors des chorus aux jeu et son variés selon la nécessité des morceaux et des tempii.
Juste beau… et juste!
La musique? Chassés-croisés d’instruments qui se courent après, se rejoignent, s’enlacent, se dépassent, doucement, plus vite, rapides… ça chante, ça crie, ça rit, ça enchante, ça emplit, et ravit. Des petits airs qui se promènent et se gravent entre les 2 oreilles, des compos plus ambitieuses qui nous appellent à abandonner nos repères, des plages variées mais qui s’enchaînent logiquement et attisent l’attention d’écoute jusqu’au bout du voyage.
Rock qui pioche dans la bibliothèque de l’histoire pour se télescoper dans le futur du présent, jusqu’à inviter la voix de Raajaajee rappant sur un morceau qui se souvient du meilleur de “Ursus Minor”. Mais, pas de confusion, c’est bien de jazz que nous parlons ici, avec des vrais bouts de blues dedans. Un brin de folie et une bonne grosse part de bonheur de jouer ensemble, et le tour de magie est ficelé.