FRA Jazz Magazine/JazzMan, Thierry Quénum (may.2010)

Label Affaire

Auand, petit label italien établi dans le sud de la botte et fondé par un passionné, Marco Valente – essentiellement producteur exécutif des bandes réalisées par les musiciens qu’il signe – Auand nous livre d’un coup prés d’une dizaine de disques enregistrés entre 2007 et 2009.

Le quintette avec guitare acoustique Quilibrì mené par Andrea Ayassot spécialiste du sax soprano, par ailleurs membre régulier du quartette de Franco D’Andrea depuis plusieurs lustres – présente la particularité de remplacer la batterie par deux percussions (“Eco Fato“). En résulte une sonorité de groupe originale au service de compositions du leader au lyrisme affiché et à la thématique proche de certains musiques folkloriques.
3 Quietmen & Stefano Battaglia, n’est pas un nom trés vendeur pour un groupe. A peine moins que le titre de leur CD (“Bartokosmos“). Pourtant la réunion du pianiste milanais et d’un trio trompette-bugle (Ramon Moro)/basse acoustique et électrique (Federico Marchesano)/batterie-percussions (Dario Bruna) sur un répertoire basé sur les Mikrokosmos de Bartok se révèle une réussite. Le jeu de Battaglia y est très différent de celui qu’il met en avant sur ses derniers disques ECM et, entre sonorités rock et improvisation jazz, les 3 Quietmen entraînent leur partenaire sur des chemins qui rappelleront à certains que la discographie de Battaglia est une des plus diversifiées que l’on puisse trouver au sud des Alpes.
Seul groupe exclusivement transatlantique de cette livraison, le trio constitué par Ohad Talmor (ts), Steve Swallow (elb) et Adam Nussbaum (dm) affiche la moyenne d’âge la plus élevée de l’écurie Auand, bien que la musique ne s’en ressente pas (“Playing in Traffic“). Le drumming fréquemment survitaminé de Nussbaum et la pulsation élastique de la basse de Swallow y propulsent un soliste qui montre, dans ce contexte, une souplesse, une solidité et une sonorité essentiellement héritées de Joe Lovano.
Sur “Pan Atlantic“, Bobby Previte a réuni autour de sa batterie et au service de ses compositions un all-star européen – Gianluca Petrella (tb), Wolfgang Puschnig (as, bs), Benoît Delbecq (Rhodes), Nils Davidsen (elb) – qui est loin de tenir ses promesses. Manque d’intérêt des compositions du leader? Manque d’empathie entre les protagonistes? Toujours est-il qu’on a entendu chacun d’eux dans des contextes autrement stimulants.
Le groupe le plus original est finalement Chant (“Ma Io Ch’in Questa Lingua“), un trio piano (Libero Mureddu)/basse (Antonio Borghini)/batterie (Cristiano Calcagnile) au départ mais qui, au fil des ans, a ajouté à son instrumentarium synthés, clavecin, orgue, violoncelle, et autres carillons pour obtenir un son acoustique ou électrique d’une remarquable inventivité. Evitant la gadgetisation aussi bien que l’abstraction formelle grâce à un travail de recherche approfondi, sa démarche exigeante débouche sur un résultat parfaitement organique. Á suivre.